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Réunion d'ESS (Équipe de Suivi de la Scolarisation) pour Séverin. La maman est là et, pour la première fois, le beau-père. Entendu récemment de la bouche de Séverin à l'adresse de son bon copain « Mon beau-père, il m'aime pas ». Ce n'est pas certain mais c'était dit avec une telle tonalité de sincérité que s'en était douloureux à entendre. Bref, le beau-père était là et j'en étais satisfait, ce que je ne manquais pas de lui dire en l'accueillant.
L'enseignant référent rappelle à grands traits ce qui a été dit l'an dernier lors de la précédente ESS. « Où en est Séverin, aujourd'hui ? » demande-t-il ensuite à la famille.
Cette année, le nouvel enseignant référent donne d'abord la parole à la famille et au jeune, ce qui n'est pas dans les usages, mais qui fonctionne tout à fait.
La maman : - Il est content. Il fait des progrès. Il est surtout content quand il est dans sa classe de 5°, moins quand il est en ULIS. D'ailleurs, ces copains de 5° lui demandent pourquoi il est en ULIS et pas en 5° tout le temps, vu qu'il se débrouille bien en classe. 
Moi, à Séverin : - Tu sais pourquoi tu es en ULIS ? 
Séverin ouvre ses grands yeux étonnés, hausse timidement les épaules et lâche un « non » tout juste audible.
Sourire gêné et interrogateur de l'enseignant référent vers moi.
Moi : - Tu en as une petite idée ou tu ne vois pas du tout ? 
Séverin : -J'vois pas .
Silence. Je cogite et je prends mon temps pour le faire. Deux références me viennent à l'esprit et en aide : Henri Lefebvre et François Dolto. Lefebvre pour sa méthode régressive-progressive. Pour trouver le sens d'un événement présent, on remonte le temps jusqu'à l'origine de son apparition, puis on « re-déroule » le cours des événements jusqu'à aujourd'hui.
Moi : - A quel moment, tu as quitté la classe ordinaire et que tu as été orienté en classe spécialisée ?
La maman : - C'était au CP, après un deuxième CP. Il arrivait plus à suivre et puis j'ai eu des problèmes familiaux, c'était compliqué. Une mauvaise période. Il a décroché.
Moi : - Ensuite ?
La maman : Quatre ans de CLIS et là, il a progressé, pas rapidement, mais ça allait mieux, (vers Séverin) hein ?
Séverin fait une moue dubitative, l'air un peu étonné de cette description.
La maman reprend : - Oui, après l'ULIS collège, chez vous, depuis l'an dernier.
Moi : - Oui et nous lui avons rapidement proposé des inclusions en classe de 6°, en français, histoire géo, sans compter l'EPS, la musique et les arts plastiques…
La maman : - Alors avec tout ça, il comprend pas pourquoi il est encore en ULIS.
François Dolto racontait qu'on lui avait envoyé une petite fille parce qu'elle ne voulait plus aller à l'école. Première séance, Dolto ne lui demande pas pourquoi elle ne veut plus y aller mais ce qu'elle fait à la maison toute la journée. Bingo ! La petite fille voulait rester chez elle et non pas ne pas aller à l'école ; école qu'elle aimait beaucoup*. L'art de renverser le questionnement...
Moi : - Après deux CP, le problème était de suivre la classe ordinaire : Séverin n'y arrivait plus. Ce n'est pas tant que c'était trop difficile mais ça allait trop vite, il y avait trop de choses à apprendre en même temps.
Je lance un regard interrogateur à Séverin qui acquiesce d'un hochement de tête.
Je reprends : - Donc la question n'était pas de savoir pourquoi il était en classe spécialisée mais pourquoi il n'était plus en classe ordinaire. Cette question est encore celle-là aujourd'hui. « Pourquoi tu es en ULIS ? » revient à poser la question « Pourquoi tu n'es pas à temps plein en 5° ». Là, tu peux répondre à tes copains. Tous les cours que tu suis aujourd'hui en 5°, c'est beaucoup d'efforts et de travail pour toi. C'est beaucoup et presque trop par moments. Le travail à la maison est lourd ; tu n'y arrives pas toujours. Ce que tu fais en 5°, c'est bien, tu suis globalement le rythme, avec mon aide, et c'est aujourd'hui suffisant. À l'avenir, tu pourras peut-être en faire plus.
La maman à son fils : - C'est vrai ce que dit M. Gérard ?
Séverin : - Oui.
La réunion se poursuit sur l'évocation des acquis scolaires, de l'an prochain en 4°, du projet professionnel. Tout en participant, mon esprit se dédouble et réfléchit à la question du sens, pour les jeunes concernés, de leur présence en ULIS. Il me semble nécessaire d'évoquer avec chacun d'eux cette question, régulièrement, car rien ne semble clair une fois pour toute.
Ah oui, j'oubliais : merci à Françoise et à Henri… et puis à Séverin !

*F.Dolto reçoit une petite fille envoyée par son institutrice parce qu’elle remplissait ses cahiers d’écolières de dessins de poules et ne faisait rien d’autre à l’école jusqu'à vouloir rester à la maison. 
F.Dolto lui demande la raison de cet intérêt pour les poules et l’enfant de répondre «  Ben Maman elle dit regarde en-bas par la fenêtre : il y a la poule à Papa »

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